Depuis 2004, un contrôle accru des chômeurs est exercé par le Gouvernement fédéral. Ce système montre aujourd’hui son injustice. Il est source d’exclusion pour les plus fragiles, qui sont renvoyés vers les CPAS., — permettant de présenter des statistiques plus favorables tout en faisant supporter le coût social au niveau local.

L’activation des personnes est devenue un maître-mot de notre société. Or, loin de signifier l’accompagnement constructif des personnes, elle est source d’exclusion. Cette activation est principalement basée sur un contrôle aux critères vagues : la personne doit démontrer qu’elle a fait “des efforts suffisants pour trouver un emploi”. On peut imaginer les dérives possibles pour obtenir ces preuves… Ce contrôle amène les plus fragilisés et les moins débrouillards à être exclus du chômage. Mais y a-t-il seulement assez d’emplois pour tous les demandeurs ?

De plus, ce système a des implications sur les conditions d’emploi. Du fait des sanctions possibles et du nombre de demandeurs, le niveau de salaire et les conditions de travail peuvent facilement être nivelés vers le bas. Au-delà des chômeurs, ce système affecte donc indirectement l’ensemble des travailleurs.

Depuis 2004, il y a eu une augmentation importante des sanctions annuelles, passant en 10 ans de 34 000 à 108 000. En réalité, on déplace le problème d’une caisse à l’autre. Lors d’une conférence de presse de juillet 2011, l’Union de la Ville et des Communes section CPAS estimait que les sanctions infligées aux chômeurs coûtaient 48 millions d’euros aux CPAS wallons — coût risquant de mettre en péril toutes les actions sociales des CPAS et d’avoir un impact local, puisque ce sont les communes qui doivent accepter ce transfert des charges.

Et pourtant, malgré toutes ces critiques, l’accord gouvernemental du 1er décembre dernier prévoit d’aller encore plus loin : allocation d’insertion limitée à 3 ans, stage d’insertion portée à 310 jours, dégressivité accrue des allocations de chômage, augmentation de l’âge du contrôle de disponibilité active, resserrement des conditions d’emploi convenables.

Mais ce dont la plupart des chômeurs ont besoin, c’est de la mise en place d’un accompagnement, pour la recherche de l’emploi comme pour la formation. Certaines personnes ne peuvent immédiatement recommencer à travailler :  elles ont besoin de cours de français, de lecture et d’écriture. D’autres ont besoin d’une période de stabilisation, après une maladie par exemple. On voit souvent au CPAS des usagers qui n’en sont nulle part à ce niveau, alors qu’ils ont été exclus du chômage et que ce travail d’accompagnement reste encore à faire. Le CPAS doit alors reprendre tout depuis le début. Pour les chômeurs exclus, le CPAS doit assurer son rôle de dernier filet social, sans quoi il ne resterait plus rien, — à part la rue ou la charité…

Le système du chômage est un pilier essentiel de la solidarité dans notre société. Appliquer un système d’exclusion massif risque de déstabiliser cette solidarité, et de s’étendre aux autres piliers : les pensions, les aides pour les personnes handicapées ou les personnes âgées,  les aides du CPAS…

Il faut soutenir la solidarité dans l’ensemble de la société belge. Il faut un accompagnement constructif des chômeurs. Il faut revendiquer plus que jamais des emplois de qualité. Face à la crise économique, notre société doit pouvoir évoluer pour répondre à ces revendications légitimes, sources d’une société durable.

Magali Plovie,
Conseillère CPAS

 

 

 

image Aidan Jones